Probiotiques : définition règlementaire vs perception des consommateurs

Probiotiques : définition règlementaire vs perception des consommateurs

Le mot Probiotique est majoritairement connu par les consommateurs français. Cependant son utilisation pour désigner les souches microbiotiques n’est toujours pas possible en France. 

Cette règle pourrait-elle évoluer ? L’avenir nous le dira !

Usage du terme Probiotique en Europe

Depuis 2012, l’utilisation du terme « probiotique » pour désigner les compléments alimentaires en contenant n’est plus possible tant sur les étiquetages que sur tous types de supports promotionnels (papier, digital). 

En effet, la définition du mot « probiotique », établie par l’OMS en 2002, précise clairement que les probiotiques apportent des bénéfices santé pour l’hôte. Par conséquent, l’EFSA (European Food Safety Agency) considère que le terme « probiotique » représente à lui seul une allégation de santé (voir guide de l’EFSA portant sur l’application du Règlement (UE) n° 1924/2006). Son utilisation doit donc être appuyée par une allégation de santé autorisée selon le processus décrit dans le Règlement (UE) n° 1924/2006.  Or, en 2012, toutes les demandes d’autorisations d’allégations de santé déposées par les acteurs européens portant sur les probiotiques ont été refusées (voir Règlement (UE) n° 432/2012). Depuis cette date, aucune nouvelle demande n’a été acceptée.

 

Cette recommandation, définie au sein du guide de l’EFSA, n’a pas été adoptée par l’ensemble des Etats Membres. Ainsi, dès 2012, l’Italie a mis en place des lignes directrices relatives aux conditions nécessaires à l’utilisation du terme « probiotique » et de l’allégation associée (« favorise l’équilibre de la flore intestinale »). 

 

Plus récemment, plusieurs Etats Membres ont fait évolué leur position et autorisent désormais l’usage du terme « probiotique ». Fin 2020, ils étaient 7 : l’Italie, la Grèce, la Bulgarie, la République Tchèque, Malte, la Pologne, l’Espagne (voir notre article à ce propos). Ils ont été rejoints par les Pays-Bas en mars 2021 (voir le Nutritional and Health Claims Handbook  qui précise que le terme « probiotiques » peut être utilisé « dans les informations obligatoires sur l’étiquette pour l’indication des catégories de micronutriments ou de substances qui caractérisent le produit »). Au Danemark, le Ministre de l’alimentation a également demandé aux autorités locales de travailler sur un projet visant à autoriser l’emploi du terme probiotique sur les étiquetages (Nutraingredients, février 2021). 

Ainsi, une large proportion des pays de l’Union Européenne est favorable à l’usage du terme « probiotique ».

 

Ce manque d’harmonie à l’échelle de l’Union Européenne peut être à l’origine de distorsion de concurrence et ne favorise pas la libre circulation des marchandises. Afin de corriger ce point, le Ministre de l’Alimentation Danois a annoncé sa volonté de travailler avec les Etats Membres ayant accepté cet usage afin de faire évoluer la règlementation européenne.

  

Les Autorités françaises ont choisi de suivre le guide d’application de l’EFSA dès 2012. Aussi, l’emploi du terme « probiotique » n’est plus autorisé en France, tant pour désigner les produits contenant des souches microbiotiques d’intérêt que pour désigner leur composition. A date, aucune évolution n’est envisagée.

Quelle est la perception du terme probiotique par les Français ?

Depuis quelques années, Synadiet, le syndicat français des compléments alimentaires, met en place différentes actions dans le but de faire évoluer ce sujet (voir rapport d’activité) :

  • actions de lobbying auprès des parlementaires à l’échelle de la France et de l’Union Européenne,
  • mise en place de lignes directrices relatives à l’élaboration de compléments alimentaires contenant des probiotiques, …

Dans ce contexte, le syndicat a sollicité la société Harris Interactive afin d’évaluer la perception du terme « probiotique » par les Français. Une enquête a alors été réalisée en février 2021 auprès d’un panel de 1084 personnes représentatives de la population française. Les résultats de cette enquête montrent qu’un français sur 2 attribue un bénéfice santé à un produit désigné sous le terme probiotique. C’est très largement inférieur aux bénéfices santé perçus à la lecture d’allégations de santé voire des allégations nutritionnelles clairement exprimées (comme « renforce les défenses immunitaires », « améliore le transit intestinal », « riche en vitamines », « sans sucre ajouté » ou « composé d’éléments naturels »). Ainsi, seuls 23 % des Français considèrent le terme « probiotique » comme la promesse d’un effet santé (voir graphique ci-dessous). En majorité, il est perçu comme un descriptif. Il évoque le microbiote ou la flore intestinale, voire les ferments lactiques, les bactéries, les levures, les microorganismes.

75 % des Français aimeraient que le terme probiotique soit utilisé pour décrire les produits qui en contiennent. 

A noter que les consommateurs adultes de compléments alimentaires contenant des probiotiques les utilisent principalement à la suite à de conseils obtenus auprès de leur pharmacien (42 %) ou de leur médecin (28 %), principalement pour des problèmes intestinaux (42 %) pour prendre soin de leur flore intestinale (32 %), pour booster leur immunité (31 %) ou à la suite d’un traitement antibiotique (28 %).

Cette enquête aura-t-elle un impact auprès des autorités Françaises ?

Face aux résultats de cette étude, Synadiet considère qu’il est nécessaire de réviser la position des autorités françaises pour mieux informer les consommateurs sur la nature des produits (voir communiqué de presse du 17 mai 2021). Le syndicat souhaite ainsi que l’emploi du terme « probiotique » soit possible pour désigner les compléments alimentaires qui en contiennent.  Il est fort probable que cette enquête n’ait pas d’incidence directe sur la position de la DGCCRF. Néanmoins, elle pourrait avoir un impact plus conséquent au niveau politique, certains parlementaires étant déjà fortement sensibilisés par les distorsions de concurrence en lien avec le manque d’harmonisation entre les différents Etats Membres. 

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